Le 27 janvier 2026, Google a franchi une étape charnière en faisant de Gemini 3 le moteur par défaut de ses « AI Overviews ». Presque instantanément, la communauté SEO, menée par l’experte Lily Ray, a tiré la sonnette d’alarme. Captures d’écran à l’appui, un constat s’imposait : les sources traditionnelles s’effaçaient au profit de liens internes et d’une domination écrasante des propriétés de Google, YouTube en tête.
S’agit-il d’un simple « bug technique », comme l’affirme Mountain View, ou d’un écran de fumée masquant une refonte architecturale profonde ? Pour le savoir, SE Ranking a passé au crible 100 000 mots-clés à travers 20 niches. Les données sont sans appel : Gemini 3 n’est pas qu’une mise à jour de performance, c’est un séisme pour la visibilité du web ouvert.
Envie de gagner du temps ?
Faites résumer cet article par l’IA en quelques secondes.
Point n°1 : la fin d’une croissance ininterrompue
Depuis son lancement, l’IA dans la recherche suivait une trajectoire exponentielle. En mai 2025, les Aperçus IA ne concernaient que 28 % des requêtes. En décembre, ce chiffre frôlait les 60 %. Mais avec Gemini 3, cette marche forcée vient de subir son premier coup d’arrêt.
Le taux d’apparition global a chuté de 60,85 % à 55,21 %. Ce repli n’est pas une anomalie locale mais une tendance de fond touchant l’intégralité des 20 secteurs analysés. Voici les baisses les plus brutales :
- Sports et Exercice : passage de 75,58 % à 64,85 %.
- Finance : passage de 77,38 % à 71,34 %.
- Relations : passage de 75,70 % à 68,26 %.

Pour les créateurs de contenu, ce recul signifie une chose : l’espace de visibilité se contracte au moment même où la compétition pour y figurer devient féroce.

Point n°2 : l’ère des réponses « fantômes » (1 réponse sur 10 sans source)
La découverte la plus inquiétante réside dans l’apparition massive de réponses totalement orphelines de sources. Avant Gemini 3, le taux de réponses « sourceless » (sans lien sortant) était négligeable (0,11 %). Il a désormais bondi à 10,63 %.

Cette déconnexion entre l’information et sa preuve est un pas de géant vers une expérience de recherche « Zero-click » totale, où Google absorbe la valeur du contenu sans rémunérer l’éditeur par un clic. Lily Ray a parfaitement résumé l’indignation du secteur :
« Qu’est-ce qui est arrivé à l’inclusion des citations dans les AI Overviews ? Où sont passées les sources ? […] C’est au-delà de l’unéthique et de l’injuste pour les propriétaires de sites. »
Pour les niches sensibles (santé, juridique), cette absence de validation pose un problème de confiance majeur, transformant l’IA en une autorité auto-proclamée.
Point n°3 : l’illusion de la moyenne et le massacre des petits sites
Les données révèlent une hausse trompeuse de la moyenne des sources citées (passant de 11,55 à 12,1). En réalité, nous assistons à une distribution bimodale : Gemini 3 favorise les extrêmes et élimine le juste milieu.

Le constat est brutal : 46,3 % des domaines précédemment cités ont totalement disparu des radars après le déploiement. Le système s’est scindé en deux, comme le montre ce tableau de distribution des sources :
| Nombre de sources par réponse | Pré-Gemini 3 | Post-Gemini 3 | Évolution Relative |
| 1 – 5 sources | 6,07 % | 12,63 % | +108 % |
| 6 – 15 sources (Le milieu) | 76,90 % | 58,12 % | -24 % |
| 16 – 20 sources | 8,46 % | 15,32 % | +81 % |
| 21 – 25 sources | 5,60 % | 10,48 % | +87 % |
Cette polarisation est fatale pour la Longue Traîne. Alors que les sites du Top 500 mondial affichent une stabilité insolente (99,98 %), les domaines qui ne possédaient que 1 ou 2 citations ont vu leur stabilité s’effondrer à 49,96 %. En clair, si vous n’êtes pas un géant, vous avez une chance sur deux d’avoir été purement et simplement effacé.
Point n°4 : l’hégémonie de YouTube et la concentration du pouvoir
Le paysage post-Gemini 3 n’est plus un web diversifié, mais un jardin clos dominé par quelques plateformes. Le pool global de domaines uniques cités a rétréci de 14 %.
YouTube s’impose comme le grand vainqueur de cette nouvelle ère :
- Il capte 9,40 % de l’ensemble des citations mondiales.
- Il est devenu la source n°1 dans le secteur de la Santé (Healthcare).
- Dans la niche E-commerce, sa domination est insolente avec 20,33 % des citations.

Cette concentration est mesurable par l’indice HHI (Herfindahl-Hirschman), qui est passé de 1,0 à 1,22 globalement, et a grimpé jusqu’à 5,25 dans l’E-commerce. Le web de l’IA devient un oligopole.
Au milieu de ces plateformes sociales, une exception notable : US News. Absent du Top 10 en mai 2025, il occupe désormais la 7ème place mondiale. C’est le seul média traditionnel à réussir cette percée, s’imposant non seulement dans l’actualité, mais aussi dans l’Éducation (4,52 % des citations) et le Voyage (4,57 %).
Point n°5 : des citations bousculées
Sur les 89 262 domaines uniques cités avant Gemini 3, 41 336 (46,3 %) ont complètement disparu des citations d’AIO après son déploiement. Cela représente près de la moitié des domaines précédemment cités qui n’apparaissent plus dans les aperçus d’IA.
Dans le même temps, 30 267 nouveaux domaines (33,9 %) sont apparus après le lancement de Gemini 3.
Au total, ce sont plus de 70 000 domaines qui sont touchés par le changement de modèle.

Les domaines les plus cités (ceux qui comptent un grand nombre de citations) sont restés quasiment inchangés. Parmi les 500 domaines les plus cités, 99,98 % ont conservé leurs citations après la mise en place des modifications (soit la quasi-totalité). Les sites ayant peu de citations ont été les plus durement touchés.
Bug passager ou nouvelle norme ?
Nous sommes à la croisée des chemins. Si Google maintient la thèse du bug technique pour justifier la disparition des sources, les changements structurels apportés par Gemini 3 — réduction du nombre de domaines uniques, explosion du sans-source et concentration vers YouTube — suggèrent une stratégie délibérée.

Une fois le bug corrigé, assisterons-nous à un retour à la diversité, ou Gemini 3 a-t-il définitivement instauré une « Authority-only Search » (recherche limitée aux autorités établies) ? Pour les petits éditeurs, la question n’est plus de savoir comment optimiser leur contenu, mais si Google leur autorise encore une place à table. La vigilance face aux prochaines mises à jour de données sera notre seule boussole dans ce nouvel écosystème de plus en plus opaque.